Epicure

L’épicurisme dans l’histoire des religions: une dimension oubliée?

Présentation du livre Épicure. La voix de la nature, aux éditions Entrelacs /Dervy-Médicis, 2017

par Renée Koch Piettre, directrice d’études émérite à l’EPHE

Le vendredi 24 novembre 2017, à 20h30,

au Centre de Robinson, 36 rue Jean Longuet, 92290 Châtenay-Malabry

au profit des actions de  l’Entraide de Robinson

Argument:

La plus grande inscription grecque antique retrouvée jusqu’ici, vraie bibliothèque sur pierre, est une inscription épicurienne.

La plus abondante bibliothèque antique sur papyrus, conservée à Herculanum par les cendres du Vésuve, est une bibliothèque principalement épicurienne, qui nous a légué des milliers de rouleaux, toujours en voie de déchiffrement.

Au second siècle de notre ère, un charlatan avait instauré sur les rives de la Mer Noire des mystères très fréquentés, au cours desquels la foule était invitée à clamer coup sur coup: « Dehors les épicuriens! Dehors les chrétiens! »

D’où vient ce long succès d’une doctrine philosophique dont le fondateur Épicure date de la fin du IVe siècle avant notre ère? et d’où vient ce rejet?

Soumettez la terre ?

Le chapitre premier de la Genèse, au verset 28, a de quoi nous interpeller : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la ; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre. » Est-ce à dire que nous aurions tous les droits sur la nature, de l’exploiter jusqu’à épuisement ?

Que nenni ! C’est oublier que dans la racine de « dominer » il y a « dominus » le maître de maison. Il a la responsabilité d’assurer le bien être de tous les habitants du foyer et de le gérer correctement. Dans un groupe animal, les dominants ont certes des privilèges à l’égard des dominés mais ils doivent les protéger et assurer leur subsistance. On ne peut transposer cette métaphore au sein de l’espèce humaine mais concernant l’être humain et le reste de la nature, elle prend tout son sens. Être au sommet de plusieurs chaînes alimentaires est une responsabilité avant d’être un privilège : celle qui consiste à maintenir un équilibre entre les maillons de la chaîne, en termes modernes maintenir la biodiversité, faute de quoi nous compromettrions notre propre avenir.

Il ne s’agit pas de culpabiliser ni de pointer du doigt un ou des responsables désignés mais il faut regarder la réalité en face. Une étude récente révèle que l’Allemagne a perdu les trois quart de ses insectes volants en près de trente ans. La France a perdu la moitié de ses essaims d’abeilles en quelques années et la production de miel a diminué d’autant. Ce dernier fait n’est pas le plus grave car on sait que la reproduction des plantes à fleurs dépend exclusivement des insectes butineurs, ceci au terme de plusieurs millions d’années de coévolution. En regardant la réalité en face nous pouvons prendre nos responsabilités chacun d’entre nous à notre échelle : il n’y a pas de petite initiative. Nos paroisses y sont conviées avec la recherche du label « Église verte ».

Puissions-nous trouver ou retrouver l’émerveillement du psalmiste au psaume 104 versets 29 et 30 : « Tu caches ta face, ils s’épouvantent, tu retires leur souffle, ils expirent, à leur poussière ils retournent. Tu envoies ton souffle, ils sont créés, tu renouvelles la face de la terre ! »

Jean-Louis Nosley

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Dieu n’est pas dans la tempête

Dieu n’est pas dans l’ouragan”, c’est le titre d’un article de Jean-Marie de Bourqueney publié dans le numéro de Réforme du 14 septembre dernier. L’auteur entendait soustraire la foi au trouble qui saisit les croyants devant les catastrophes naturelles et qui, aujourd’hui comme hier, nourrit le doute et l’athéisme (et aussi bien, d’ailleurs, les millénarismes). Comment ne pas douter de la bonté de Dieu et de la Providence quand on apprend coup sur coup, ce dernier mois, les désastres causés par Irma, José, Maria, tous ces ouragans destructeurs qui ont déferlé sur les Antilles et le Sud des États-Unis, sans compter tant d’autres déchaînements de la nature au Texas, à Lomé, au Mexique et ailleurs ? Dieu serait-il ce barbu vengeur, maître tout-puissant des éléments, que met en scène le film Les dix commandements de Cecil B. DeMille ?

Or la science nous a appris que les phénomènes météorologiques et telluriques ont des causes analysables et calculables, qui ne réclament nulle intervention divine. Quand Dieu se manifeste à Élie, ce n’est justement ni dans le vent, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu, mais comme “une voix de fin silence” (1 Rois 19,11-13). Ce sont les hommes au contraire qu’il faut mettre en cause devant la montée en puissance du changement climatique ; les bombes peuvent même déclencher un tremblement de terre, et les inégalités sociales multiplier les victimes d’un glissement de terrain. Dieu, lui, est à rechercher plutôt dans le courage et dans la solidarité qui, face au malheur, révèlent le salut à l’œuvre au sein du monde. Il est dans l’énergie qui anime la fronde de David contre les rodomontades de Goliath. Il nous incite à ne pas craindre et nous montre le chemin où il nous laisse libres de nous engager. “Dieu propose et l’homme dispose”. Dans leur dialogue contre vents et marées, lentement, orientée par la promesse, s’enfante la Création.

Renée Piettre (sur une proposition de Jean-Louis Nosley)

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