La place pour l’autre

« Je t’envoie maintenant un homme habile, à l’intelligence éprouvée, Hou ram-Abi, fils d’une femme d’entre les filles de Dan et d’un père Tyrien » (2 Chr 2,12-13).
Houram-Abi a deux spécificités : la première, c’est son talent d’artisan, sa capacité à travailler les matières précieuses, indispensable pour la mission pour laquelle il est envoyé par le roi de Tyr à Salomon : pour épauler – et probablement compléter la formation – des équipes chargées de bâtir et décorer un temple pour le Seigneur. La deuxième, c’est qu’il est, comme on le dit parfois, « à moitié » juif et « à moitié » de Tyr, en une expression qui laisse penser qu’une double culture serait un double inaccomplissement, qu’on ne serait pleinement ni l’un, ni l’autre.


Je dirais plutôt qu’il a une double appartenance, une capacité de passeur et de traducteur entre les deux cul tures, une double culture acquise dès l’enfance qui lui donne accès à des savoirs différents et une capacité à les transmettre dans un autre pays, une autre culture, un autre dialecte, qui sont aussi les siens même s’il n’y vit pas habituellement. La double appartenance d’Houram-Abi lui permet de faire bénéficier le temple de Salomon de ce qu’il y a de plus beau et de plus raffiné, car rien n’est trop beau pour louer Dieu. Les compétences artisanales qu’il a acquises à Tyr, alliées à sa connaissance de la culture et de la religion d’Israël, devraient faire des merveilles. Et effectivement, les chapitres suivants sont pleins de descriptions des richesses et des beautés con tenues dans le temple.

Cette double appartenance, cette « identité trait-d’union », ne sont probablement pas toujours faciles à vivre pour Houram-Abi. Et pourtant, c’est cette spécificité qui lui a permis de se distinguer parmi tous les artisans doués de Tyr, de se voir confier cette mission prestigieuse, qui représente autant une opportunité de travail qu’une mission de représentation de ce qu’on appellerait aujourd’hui « l’industrie du luxe » tyrienne. C’est parce qu’il n’y « qu’à moitié » Tyrien qu’il peut pleinement représenter Tyr à Jérusalem.

Dans nos vies aussi, c’est souvent quand nous nous sentons seulement « à moitié » dignes, « à moitié » à la hauteur de la tâche qu’on nous confie, « à moitiés » intégrés que l’on peut représenter la plénitude, la richesse et les beautés de la vie que Dieu nous a confiée et à laquelle il nous appelle. Car la moitié vacante, manquante, laisse à la grâce de Dieu la place de s’épanouir dans nos vies, ici et maintenant. Et de la place à l’autre, pour nous surprendre.
Pour cette rentrée 2025, je nous souhaite d’accepter en nous ces impressions de décalage, tous ces « à moitié » et ces espaces d’imperfection comme autant d’espaces de liberté où Dieu peut venir se manifester par grâce. Amen !

Et si vous souhaitez en savoir plus sur les dons d’artisan d’Houram-Abi, allez lire l’ensemble du chapitre 2 du deuxième livre des Chroniques, un livre biblique qu’on ne lit pas très sou vent…

Claire SIXT-GATEUILLE

Télécharger la version PDF