Soumettez la terre ?

Le chapitre premier de la Genèse, au verset 28, a de quoi nous interpeller : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la ; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre. » Est-ce à dire que nous aurions tous les droits sur la nature, de l’exploiter jusqu’à épuisement ?

Que nenni ! C’est oublier que dans la racine de « dominer » il y a « dominus » le maître de maison. Il a la responsabilité d’assurer le bien être de tous les habitants du foyer et de le gérer correctement. Dans un groupe animal, les dominants ont certes des privilèges à l’égard des dominés mais ils doivent les protéger et assurer leur subsistance. On ne peut transposer cette métaphore au sein de l’espèce humaine mais concernant l’être humain et le reste de la nature, elle prend tout son sens. Être au sommet de plusieurs chaînes alimentaires est une responsabilité avant d’être un privilège : celle qui consiste à maintenir un équilibre entre les maillons de la chaîne, en termes modernes maintenir la biodiversité, faute de quoi nous compromettrions notre propre avenir.

Il ne s’agit pas de culpabiliser ni de pointer du doigt un ou des responsables désignés mais il faut regarder la réalité en face. Une étude récente révèle que l’Allemagne a perdu les trois quart de ses insectes volants en près de trente ans. La France a perdu la moitié de ses essaims d’abeilles en quelques années et la production de miel a diminué d’autant. Ce dernier fait n’est pas le plus grave car on sait que la reproduction des plantes à fleurs dépend exclusivement des insectes butineurs, ceci au terme de plusieurs millions d’années de coévolution. En regardant la réalité en face nous pouvons prendre nos responsabilités chacun d’entre nous à notre échelle : il n’y a pas de petite initiative. Nos paroisses y sont conviées avec la recherche du label « Église verte ».

Puissions-nous trouver ou retrouver l’émerveillement du psalmiste au psaume 104 versets 29 et 30 : « Tu caches ta face, ils s’épouvantent, tu retires leur souffle, ils expirent, à leur poussière ils retournent. Tu envoies ton souffle, ils sont créés, tu renouvelles la face de la terre ! »

Jean-Louis Nosley

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Dieu n’est pas dans la tempête

Dieu n’est pas dans l’ouragan”, c’est le titre d’un article de Jean-Marie de Bourqueney publié dans le numéro de Réforme du 14 septembre dernier. L’auteur entendait soustraire la foi au trouble qui saisit les croyants devant les catastrophes naturelles et qui, aujourd’hui comme hier, nourrit le doute et l’athéisme (et aussi bien, d’ailleurs, les millénarismes). Comment ne pas douter de la bonté de Dieu et de la Providence quand on apprend coup sur coup, ce dernier mois, les désastres causés par Irma, José, Maria, tous ces ouragans destructeurs qui ont déferlé sur les Antilles et le Sud des États-Unis, sans compter tant d’autres déchaînements de la nature au Texas, à Lomé, au Mexique et ailleurs ? Dieu serait-il ce barbu vengeur, maître tout-puissant des éléments, que met en scène le film Les dix commandements de Cecil B. DeMille ?

Or la science nous a appris que les phénomènes météorologiques et telluriques ont des causes analysables et calculables, qui ne réclament nulle intervention divine. Quand Dieu se manifeste à Élie, ce n’est justement ni dans le vent, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu, mais comme “une voix de fin silence” (1 Rois 19,11-13). Ce sont les hommes au contraire qu’il faut mettre en cause devant la montée en puissance du changement climatique ; les bombes peuvent même déclencher un tremblement de terre, et les inégalités sociales multiplier les victimes d’un glissement de terrain. Dieu, lui, est à rechercher plutôt dans le courage et dans la solidarité qui, face au malheur, révèlent le salut à l’œuvre au sein du monde. Il est dans l’énergie qui anime la fronde de David contre les rodomontades de Goliath. Il nous incite à ne pas craindre et nous montre le chemin où il nous laisse libres de nous engager. “Dieu propose et l’homme dispose”. Dans leur dialogue contre vents et marées, lentement, orientée par la promesse, s’enfante la Création.

Renée Piettre (sur une proposition de Jean-Louis Nosley)

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N’ayons pas peur ! 

Au seuil de cette année universitaire et scolaire, que de changements ! Notre pays a connu un renouvellement majeur de son personnel politique, suscitant grands espoirs chez les uns, perplexité et inquiétude chez les autres.

Robinson n’échappe pas à ces bouleversements : nous voici au début d’une année de vacance pastorale. Comme nous aurions apprécié un pourvoi immédiat du poste après le départ de Philippe Kabongo M’Baya ! Les choses auraient été simples : la présence d’un pasteur nous assurait jusqu’ici une bonne visibilité à l’égard de l’extérieur, surtout quand nous pensons à l’arrivée de nouvelles populations avec les nombreuses constructions neuves à proximité de notre Centre cultuel. Nous aurions continué à peu près sur la même lancée, à l’adaptation près au style et au charisme du nouvel arrivant, nécessairement différents de ceux de Philippe.

Mais voilà, la réalité des profils disponibles ainsi que des contraintes budgétaires de la région nous obligent à nous rendre à l’évidence : nous serons un an sans pasteur à demeure. Nous pouvons réagir avec résignation, voire avec de la peur : qu’allons-nous devenir ? Je soumets modestement à la réflexion de nos lecteurs cette parole d’Apocalypse 21.5 : « Je fais toutes choses nouvelles ». L’auteur de ce livre écrivait dans une période d’incertitude et de changements massifs, accompagnés parfois de persécutions. Au chapitre 13, versets 1-9, il faisait allusion à Néron, avec cette bête au chiffre symbolique. La situation est moins grave pour nous heureusement, mais rappelons-nous, dans nos pensées et dans nos prières, nos frères qui subissent en effet des persécutions sous d’autres cieux, et dont certains figurent parmi les réfugiés dont nous parlons ce mois-ci dans nos colonnes.

L’auteur de l’Apocalypse appelait ses lecteurs à faire confiance à la nouveauté de l’évangile annoncé dans ces temps incertains. Alors, ayons confiance en Dieu : croyons que des ressources inattendues nous serons données pour vivre cette année de transition. Joignons les mains, serrons les coudes, n’ayons pas peur !

Jean-Louis Nosley 

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Merci chers amis et Au revoir…

Cet édito est mon dernier message comme pasteur de Robinson. Implantée sur l’agglomération de plusieurs communes dans le triangle de Bourg-la-Reine, Clamart, Massy et Palaiseau, la Communauté de Robinson est établie à l’aboutissement de ce que l’on appelait jadis la ligne de Sceaux, l’actuel RER B. Son Centre est situé à Châtenay-Malabry. Le lieu où s’est déroulé mon ministère pastoral pendant quatorze ans. Quatorze ans, c’est beaucoup !

Quatorze ans de prédication de l’Evangile de Jésus-Christ, de formation, d’écoute, d’accompagnement, de suivi de projets, mais aussi de l’édition de ce journal local, et notamment son édito. Quatorze ans d’attention aux plus fragiles, aux détenus, de présence aux conflits de différentes natures, de diverses mises en relation, de rencontres interconfessionnelles, religieuses et laïques ; Quatorze ans d’animation de groupes, de lancement d’initiatives, avec toujours le souci que chacun.e se sente accepté.e et trouve ici un lieu de confiance et de motivation à partager.

Ai-je réussi ? La question est un peu prétentieuse. Le ministère pastoral n’est pas un métier, mais une vocation. Le statut qu’il confère renvoie à une sorte de profession, mais ne se réduit pas à elle. Le bilan ne m’appartient pas. C’est au sein de cette Eglise, avec elle et parmi ses équipes d’animation, que le regard rétrospectif porte. Et même devant elle, pour l’annonce de la Parole et l’offre des sacrements, je suis resté spirituellement au sein de l’assemblée. Si donc le bilan est collectif, l’essentiel ne se réduit pas à l’image ou la performance d’une communauté, si vivante soit-elle.

Persévérer à être une Eglise de l’hospitalité, où la joie de partage le dispute à l’attention à tout ce qui se passe en nous, à ce qui est discuté dans la société ; continuer à être une Eglise des témoins, où les convictions vécues avec simplicité, sont stimulées de questionnements, de telle manière que la place de la liberté reste préservée au cœur de la foi. Tout cela nous vient de Dieu.

Merci Robinson.

Merci pour tout ce que vous nous avez apporté tout au long de ces années, à ma famille et à moi-même. Merci de ces cadeaux si généreux, dont la reconnaissance déborde ce que je peux exprimer. A 68 ans, je réalise qu’un pan important de ma personnalité m’échappait encore. Merci de m’avoir permis d’en prendre conscience. Vous avez été mes pasteurs.

Merci infiniment à chacun et à chacune de vous et Au revoir. Soyez bénis.

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Allô 702 – Juin 2017

Voilà l’été qui nous tend les bras. Soleil, parfum de vacances, envie d’ évasion. Quelles que soient les conditions particulières de l’existence de chacun, l’arrivée lumineuse de cette saison sollicite la gaité. Comment éviter que ce temps ne soit pas une simple virgule dans nos vies, juste là pour respirer afin de reprendre la suite. La routine et loi de la répétition, ce peut être une manière de confort.

La vie pourtant est un champ d’actions et d’interactions. Vivre c’est persévérer dans cet échange d’énergies. Ce ne sont guère les formes, le volume ou le rythme de cette énergie qui comptent, mais l’authenticité de ce qui nous maintient vivants, qui impulse la vie.

Pensons aux amis du Christ. Jésus a cessé d’être parmi eux de la même manière qu’avant. L’aventure aurait pu s’arrêter là. Certains parmi eux avaient déjà décidé de passer à autre chose. Un travail de deuil en somme. Le désengagement n’a cependant pas eu raison de de leur fidélité ! Pourquoi ? Parce qu’ils ont compris aussi autrement ce qui leur arrivait.
Si leur Maître était désormais en retrait, cela ne justifiait en rien une conduite toute humaine, qui consiste à battre en retraite. Fuir, s’éloigner, reculer, laisser tomber, ce n’est pas un lâcher-prise. Battre en retraite c’est capituler. Rendre les armes sans avoir l’air de le faire…

A la Pentecôte (Actes 2), les disciples sont au contraire comme foudroyés par un fabuleux enthousiasme collectif. Vraiment inattendu. Paradoxalement, la position de retrait leur donne une formidable hardiesse. Les langues se délient, les leurs. Ils n’ont pas peur de parler des langues inconnues. C’est l’ivresse spirituelle. Hôte xénophile des toutes les cultures, Christ invisible est sur eux, en eux, défiant discriminations et séparatismes ethniques. Renversant les codes de reconnaissance et des préjugés identitaires. La surprise est totale ! Ce n’est pas l’éclipse de la routine, mais la « nouvelle naissance » dans leur capacité d’accueil.
L’été nous tend les bras. Comme une chance pour pouvoir nous-mêmes tendre la main aux autres, oser les rencontrer, leur parler en vérité.

Philippe Kbongo Mbaya

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